Valérie et José,
Un couple au temps du Sida
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Témoignage : Un couple au temps du Sida ...
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Un couple au temps du Sida ...


    Voir c’est simplement regarder. (15)

    Je regarde Valérie alitée et je pleure, je sens bien qu'elle est en train de glisser, de lâcher prise. Son état physique se dégrade, elle se lève de moins en moins, juste pour le nécessaire, mais elle n'a plus la force de sortir.

    Je la laisse quelques minutes pour récupérer ses derniers résultats sanguins au laboratoire puis je file chez le médecin.

    Je suis dans la salle d'attente depuis peu, il y a deux ou trois personnes, j'essaie de décrypter les résultats de l’analyse.

    En passant le médecin me salue.

    C'est le seul en qui j'ai confiance, pourtant je le connais très peu. C'est le médecin de famille de Valérie, il m'a mis à l'aise dès notre première rencontre.

    C'est mon tour, en franchissant le pas de la porte je lui tends les résultats. Il se dirige vers son bureau et s’assied, je fais de même. Il me regarde, sourit, se replonge dans la lecture puis me dit tout heureux :

    -" Et bien, c'est parfait! Les analyses ne montrent rien d'important ".

    Je crois rêver, les analyses ne montrent rien ?

    Et l'état de Valérie ?

    J'interpelle le docteur :

    -" Vous plaisantez, elle n'a pas pu venir tellement elle est fatiguée, les poils de ses jambes ne repoussent plus ! Et vous me dites que tout va bien ! "

    Je n'ai pas de colère contre lui mais je veux être entendu.

    Il me demande de me calmer et, dans l'instant, me propose de la faire hospitaliser. J'accepte mais je lui demande de téléphoner à Valérie pour la persuader.

    (On avait jusqu’à présent refusé de se faire soigner autrement que par notre médecin généraliste).

    Aussitôt dit, aussitôt fait, il n'a pas besoins de la convaincre vraiment, elle accepte d'emblée, je suis étonné mais heureux. Je le remercie et je rentre à la maison un peu abasourdi.

    Valérie ne me dit rien, elle se prépare. Je ramène la voiture près de la porte et nous filons direction l’urgence de l'hôpital, elle est prise en charge immédiatement par le personnel.

    Je reste près d'elle et j'attends qu'un médecin vienne la consulter, j'ai peur, elle est très fatiguée.

    10 mn passent, le médecin arrive, il l'ausculte, lui pose quelques questions concernant son mode vie. J'écoute et je ne peux m'empêcher de répondre de temps en temps à sa place ce qui n'a pas l'air de lui plaire, je me tais.

    -" Dites moi madame, buvez-vous ? "

    -" oui, docteur "

    Quelle question banale, sûrement que l'on boit, comme tout le monde, un verre de vin par ci, un autre de gin par là.

    -" Combien, buvez-vous, et quoi ? "

    Alors là j'enrage, j'emmène ma femme car le VIH la ronge et lui nous parle d'alcool.

    -" Ecoutez docteur, on boit de temps en temps, sans plus, je ne vois pas où on va là ?! "

    Valérie le regarde :

    -" Docteur, je suis alcoolique. "

    Elle délire. C'est sûr. Je suis l'homme avec qui elle vit et je sais qu'elle ne supporte pas l'alcool.

    -" Que dis-tu ? Tu n'es pas alcoolique ! Boire de temps à autre ne veut pas dire alcoolique ! "

    Elle me regarde tendrement :

    -" Oui, je suis alcoolique mais tu ne le sais pas. "

    Il me demande de sortir de la pièce, je sors.

    Comment cela est t-il possible ?

    J'attends une demi-heure, le médecin sort et se dirige vers moi :

    -" Votre femme est alcoolique, elle a besoin de soins et de soutien, mais elle refuse l'hospitalisation. Je vous envoie un spécialiste qui s'occupe du VIH, il faut que vous vous fassiez soigner. "

    Il s'en va, je rentre dans la chambre, je ne lui pose pas de question embarrassante mais elle éprouve le besoin de parler, toutes les combines et astuces qu'elle a employées pour me leurrer. Je ne lui en veux pas mais je m'en veux à moi, terriblement. Quel idiot je suis, je vis avec Valérie et je ne suis même pas capable de voir qu'elle est en situation de détresse, je suis lamentable.

    Le spécialiste arrive, elle nous dit qu'il faut qu'on suive un traitement, surtout pour Valérie.

    Ses analyses ne sont pas alarmantes mais ne sont pas excellentes, elle nous tend son numéro à appeler et nous encourage vivement à le faire rapidement. Elle s'en va, nous aussi.

    © José



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    Ce témoignage est la propriété de José, toute utilisation sans l'accord écrit de l'auteur constitue une contrefaçon.
    Certaines modifications ont été apportées pour que ce texte puisse être compris tant en France qu’au Québec.

    Merci à Ka Nguyen pour la conception du logo.

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