Valérie et José,
Un couple au temps du Sida
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Témoignage : Un couple au temps du Sida ...
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Un couple au temps du Sida ...


    Pas de sous, pas de soins. (11)

    Le moment de mon hospitalisation approche et j'angoisse, je me demande comment je vais être reçu.

    Après tout, je vais dans une clinique où le personnel n'est peut-être pas formé à l'accueil des séropositifs.

    Tout se bouscule dans ma tête.

    Je reçois la réponse de la sécurité sociale qui m'accorde le 100% (Remboursement total des frais médicaux) .

    Cela m'enlève un souci, plus de frais médicaux, mais d'un autre coté, Valérie n'en bénéficie pas. C'est paradoxal et incroyable, à ce moment on subit les dysfonctionnements face au sida.

    L'huissier vient de taper à la porte, j'essaye de la contenir sur le pas, mais je cède et la laisse rentrer, elle n'a pas d'autre motivation que de récupérer l'argent que naïvement l'hôpital réclame !

    Je n'en peux plus, après palabres et déclaration sur l'honneur, l'huissier s'en va.

    Je fais le point, financièrement ce n'est pas terrible, nos allocations chômage baissent régulièrement et on ne pourra pas faire de dépenses pour la maladie afin ne pas mettre en péril notre situation matérielle (loyer, etc.)

    C'est décidé, j'arrête tout, Valérie ne peut pas obtenir le 100% et je ne vois pas comment je pourrais continuer à poursuivre mon parcours sans elle. Je ne peux pas lutter sans Valérie.

    On arrête de se faire soigner.

    Les gens autour de nous ne comprennent pas mais d'un autre coté personne ne nous propose une solution ...

    Les huissiers nous courent toujours après et gagnent du terrain.

    Ce mois de septembre se finit dans la douleur, si physiquement on ne subit encore pas, psychologiquement on encaisse, nous sommes maintenant arrivés au terminus du monde médical, tout le monde descend, les malades d’abords, les plus pauvres si possible.

    De toute façon on meurt du SIDA, un jour ou l'autre ...

    Vivre sans penser à l'avenir, si ce n'est de façon morbide, est très difficile, seul nous reste la force morale et j'en retrouve, juste un peu, pas plus.

    Valérie de son coté est forte mais en même temps a très peur de la mort, très peur. Le laboratoire, les impôts, le trésor public, un huissier pour chacun.

    Le laboratoire ne s'en fait pas, il double le montant des analyses pour cause de frais, il nous menace de grave conséquence si le paiement n'est pas effectué. Les impôts, eux, se déplacent, le trésor public aussi.

    C'est Valérie qui, devant l'ampleur que prennent les événements, me soumet l'idée de me défendre au niveau des impôts pour les 50 000 F (12500$) dûs à un redressement fiscal totalement arbitraire, mais dont je suis partiellement fautif puisque je n'avais pas fait ma déclaration.

    Elle a raison, je vais leur dire et leur apporter un maximum de renseignements afin de réévaluer ma dette, même si je ne peux pas payer, au moins on gagnera du temps.

    Quelques jours après, je me rends aux impôts plein d'espoir et je leur explique ma situation financière ...

    Une semaine plus tard, la sonnette retentit.

    Coucou, c'est l'huissier qui vient achever sa proie.

    Mon cas n'a pas été pris en considération et je dois payer.

    Étalonnement, échelonnement, échéancier peu importe le terme, mais il faut payer.

    Il est 17hrs, je regarde partir ce chasseur de primes. Cette fois je suis dos au mur. Ce qui me fait le plus peur dans cette histoire, c'est le spectre de la prison, je ne dois plus y retourner et surtout pas en ce moment.

    La nuit se passe sans que nous trouvions le sommeil, dans les réflexions qui émergent de ce moment habituellement fait pour le sommeil, il en ressort une qui nous parait juste :

    Dire la vérité de façon solennelle, mais en tapant plus haut.

    Je poste la lettre destinée au directeur des impôts, je relate les conséquences de ce harcèlement sur notre vie, je dis notre séropositivité et notre douleur.

    © José



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    Ce témoignage est la propriété de José, toute utilisation sans l'accord écrit de l'auteur constitue une contrefaçon.
    Certaines modifications ont été apportées pour que ce texte puisse être compris tant en France qu’au Québec.

    Merci à Ka Nguyen pour la conception du logo.

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