Il
y a bien longtemps de cela, je me suis donné un nom, bien avant même
de connaître internet. Je suis née avec un nom à rallonge (dix-sept
lettres) et qui fait des rimettes. Rimettes qui faisaient bien rire
certains de mes tourmenteurs. Un jour, j'en ai eu assez de faire rire,
de me faire achaler et j'ai foncé.
J'ai
laissé de côté mes peurs et ma timidité, et je me suis battu. Pas
avec des mots, mais avec mes poings. Hélas, je n'étais pas douée.
Pas une miette. Et je me suis retrouvé le nez en compote et les larmes
aux yeux en moins de deux. De l'autre côté du trottoir, un autobus
plein d'écoliers me dévisageait. Sans intervenir. Je me suis relevée,
la honte au cœur et je suis rentrée chez moi. Je n'ai rien dit à personne.
L'année
suivante, à la rentrée scolaire, je suis tombé sur celle qui m'avait
battu à plate couture et sur sa bande de copains. La main tendue et
avec des mots d'excuses, elle me demandait de faire la paix. Je suis
restée la bouche ouverte, ébahie, à hocher lentement la tête.
Faire
la paix ? Oublier ? Mais bien sûr ! Sauf que… je n'ai rien oublié.
J'ai pardonné et j'ai passé une année paisible pour la première fois
depuis mes neuf ans. Plus de trouble. Plus d'achalage. Plus de ricanements.
Plus de plaisanteries plus que douteuses, derrière mon dos. Tout s'arrêta.
Pourquoi ? Comment ? Aujourd'hui encore, je n'en ai pas la moindre
idée.
Peut-être avaient-ils suffisamment mûri au cours de ce seul été pour
se rendre enfin compte de la bêtise de leurs attitudes ? Ou peut-être,
et j'y songe seulement maintenant, est-ce le fait de leur avoir tenu
tête… d'avoir eu le cran d'affronté mes bourreaux ? En levant mes
poings, je leur démontrais ma volonté de ne plus fuir.
Je
ne sais pas. Mais la vie est si bizarre. Je me dis maintenant que
si j'avais continué à me taire et à tendre l'autre joue, ce refrain
me chatouillerait peut-être encore les oreilles aujourd'hui. Il est
si facile de blesser et de se laisser blesser. De laisser ceux qui
nous entourent nous humilier pour des choses qui ne dépendent pas
de nous. Pour un nom porté depuis la naissance et que nos parents
ont choisi ce fameux jour, sans se douter un instant, des horreurs
que cela nous amènerait à subir. Pour une orientation que nous n'avons
pas "choisi" d'avoir, pas plus que nous choisissons la couleur de
nos yeux ou la longueur de notre menton !
Il
est toujours facile de haïr ce qu'on ne connaît pas ou ce qui est
différent. Il est facile d'abaisser quelqu'un ou de l'écarter de sa
route pour ces mêmes raisons. Il est facile de réduire au silence
ceux qui s'opposent au statu quo. Il y a tant de "déguisements" sous
lesquels se cacher pour projeter, ce qui n'est au fond, que du mépris.
Bien sûr, on n'a rien contre un tel ou une telle. C'est pour son bien
qu'on veut le ou la "guérir". Ou la convertir. C'est par justice qu'on
ne lui "accorde" pas ses droits. On n'est pas raciste, ni homophobe,
ni sexiste. Jamais de la vie !
La
liberté de parole, je suis pour. Mais je suis aussi pour la justice,
pour l'égalité, pour l'amour. Je ne veux pas me battre, mais si quelqu'un
me crie au visage que je suis "anormale", que parce que je ne suis
pas hétéro, je n'ai pas le "droit" de réclamer ce qui me revient,
que parce que je dis ce que je pense, je dois me taire… alors, je
me révolte. Et je relève la tête. Et même si j'échoue à nouveau, même
si je perds cette bataille, il n'est pas aussi sûr que je perds aussi
la guerre…
*
* * * *
Il
y a encore peu, je n'avais jamais entendu parler de l'Alliance canadienne
et de Stockwell Day. La politique n'a jamais fait partie de mes priorités,
enfin presque et je dois dire que je n'écoute pas souvent les nouvelles.
Je me rappelle cependant un certain soir de référendum où je suis
resté collé le nez sur la télé jusqu'à l'annonce du résultat du scrutin.
Après
tout, ce n'est pas tous les soirs qu'on voit "presque" naître un pays.
Mais bon, à part cette exception, la politique me laisse froide. Mais
pas certaines opinions. Ni certains propos. Mais je serais, sans doute,
restée bien ignorante, si ce n'était d'Egale.
|
" Je définis la famille en termes hétérosexuels. "
--- Avec ces quelques mots, Stockwell Day définit sa vision
du Canada, une vision qui exclut les lesbiennes, les gais
et les bisexuels, nos familles et nos conjoints de même sexe.
|
Voilà comment débute ce nouveau chapitre de l'histoire, que nous trace
Égale. Ce
genre de déclaration n'est, malheureusement, pas unique. Bien
d'autres affichent, hautement, leur sentiments défavorables
face aux gais et aux lesbiennes.
En voici une liste non exaustive. ;-(((
* * * * *
Myron
Thompson, député (Alliance canadienne, Wild Rose)
" Je veux que tout le monde sache que je n'approuve pas les homosexuels.
Je hais l'homosexualité."
Lee Morrison,
député (Alliance canadienne, St. Albert)
" Franchement, je ne me soucie pas le moins du monde de savoir
comment les homosexuels choisissent d'organiser leur vie, mais traiter
leurs unions comme un mariage de fait est tout à fait ridicule.
... Il n'y a pas si longtemps, on aurait bien ri de toute personne
qui aurait osé dire que les couples homosexuels vivant sous
un même toit devraient avoir les mêmes avantages sociaux
que les couples mariés. On aurait trouvé cela très
drôle. Pourtant, nous en sommes rendus là. est-ce un
progrès? J'en doute. "
Reed Elley,
député (Alliance canadienne, Nanaimo-Cowichan)
" Vers le milieu des années 60, la révolution sexuelle
battait son plein. Les féministes ont amorcé une campagne
retentissante pour permettre aux femmes d'accéder au XXe siècle.
Elles voulaient vengeance et compensation. Un climat de confusion
entre les sexes s'est installé progressivement, et de jeunes
hommes élevés dans des familles monoparentales dominées
par des femmes ont vécu une crise identitaire. Il s'en est
suivi une augmentation du nombre d'homosexuels militants... Un comportement
qui avait été considéré inacceptable était
désespérément en quête d'une légitimité.
À mon avis, aucun gouvernement ne peut légitimer un
comportement qui, depuis des siècles, du fait de la tradition,
des usages, des convictions religieuses et du contrat social, a été
jugé destructeur à l'égard de la vie familiale...
Si le projet de loi est adopté sans les amendements que nous
avons proposés, ce sera un triste jour pour le Canada et, personnellement,
je ne voudrais jamais faire partie du pays qu'il deviendra. "
Bentley,
Alberta: Hellfire, Neo-Nazis and Stockwell Day http://www.straightgoods.com/item313.asp
http://www.straightgoods.com/item317.asp
Stockwell
Day Sr. [good ole dad!]
--- ran for
the Social Credit party
--- "Later, he hooked up with the separatist Western Concept Party,
also dedicated to preserving "our" Christian and European heritage
and founded by lawyer Doug Christie. "
Jim Keegstra
--- anti-Semitic teacher canned for teaching that the Holocaust was
a hoax and part of the 'Jewish conspiracy'
--- founder of Christian Defence Fund
--- Stockwell Day's mechanic when he's back home in Bentley, Alberta.
Terry
Long
-- "Canadian head of the para-military Church of Aryan Nations"
Ernst Zundel --- neo-Nazi and Holocaust denier
Tom Erhart --- Calgary Aryan activist
Jim Green --- Christian Defence League
Douglas Christie --- "lawyer for almost every major Canadian holocaust
denier who's ever run afoul of the law"
Bentley
Christian Centre --- right-wing fundamentalist Christian school where
Stockwell Day Jr. taught that "all kinds of Buddhists and Muslims
are evil."
Bob Enyart
Live
Access : http://www.enyart.com/
http://hatewatch.org/gay.html
"I was "born homophobic." I'm proud of it! I came out of the closet
a long time ago. When I told my family, I found out that a lot of
them were too!" "...Homos do not deserve equal rights. The only rights
homos should have is the right to a fair and speedy trial."
"...AIDS: "Another Infected Dying Sodomite"
HIV: "Heterosexuality Is Vindicated!"
GAY: "Got Aids Yet?"
"If you love your neighbor you will warn him about how destructive
his homosexual sex is. Homosexuals reproduce by molesting boys and
younger men. That's the way homosexuals make new homosexuals. Their
own exposes of their lifestyles and their own writings state this.
Homos are doing everything they can to recruit children. The majority
of men become homos by the molestation from other men, especially
children and teenagers. "
Reform
Party
http://www.egale.ca/politics/election/partysum.htm
At last
year's Reform Party policy convention, a motion affirming the right
of Canadians to equality was explicitly amended to remove any reference
to the right of Canadians to be protected from discrimination. The
Reform Party is the only party which has issued policy statements
explicitly opposing equality for those in same-sex relationships.
The Reform Party was also the only party which failed to send a speaker
to EGALE's Annual Gala on Parliament Hill earlier this year, and gave
no explanation for its failure to attend.
In addition,
numerous Reform MPs have made their attitude towards equality rights
abundantly clear. Mr. Bob Ringma MP was perhaps most notorious in
saying that an employer ought to be able to fire a lesbian or gay
employee, or move that person to the back of the shop. Mississauga
Reform candidate Janice Lim recently indicated support for Mr. Ringma's
comments. The most telling reflection of the attitudes of Reform Party
members is the fact that Mr. Ringma received a standing ovation for
his comments at last year's Reform Party convention.
Mr. Preston
Manning MP, Reform Party leader:
"Homosexuality is destructive to the individual and, in the long
run, to society."
Mr. Art
Hanger, MP: "Homosexuality is unnatural. It is a repudiation of
nature. ... Homosexuality is nihilistic. It protects nothing, it defends
nothing, it continues nothing, and it sustains nothing."
Islam
http://www.multimania.com/abounawas/page4.html
A cet
égard l'homosexualité, et plus précisément "l'efféminât" de l'homosexuel,
comme la virilité de la garçonne, sont considérés comme une transgression
des frontières entre homme et femme et donc une violation de cette
harmonie.
Scientologie
http://www.home.ch/~spaw1736/sciento-vs-internet/homos.htm
La scientologie a officiellement
déclaré que les gays sont des pervers qui sont simultanément "tout
à fait malades sur le plan physique et extrêmement dangereux pour
la société." La scientologie enseigne qu'une telle aberration est
contagieuse, et que tolérer une telle perversion est "excessivement
mauvais pour la société". La scientologie a une solution: "on peut
les mettre en quarantaine pour éviter la contagion" ou les forcer
à entreprendre des "procédés de l'église". Si tout échoue, la scientologie
offre une solution finale: "on peut disposer d'eux tranquillement
et sans regret".
La persécution
de groupes minoritaires sous le régime Nazi
http://www.oricom.ca/eden/etude/
http://www.mtsu.edu/~baustin/lautmann.html
L'état
criminel de l'homosexualité a mis en sourdines les voix de certaines
victimes. Aucun mouvement visible, revendiquant les droits homosexuels
n'a été perçu avant le milieu des années 1960. Parallèlement, aux
États-Unis, en Grande Bretagne ainsi qu'en Russie, l'homosexualité
était criminelle. Il était donc difficile de s'afficher publiquement
s'exposant ainsi à des peines d'emprisonnement. Ces peines pouvaient
aller jusqu'à cinq ans. Sans structure réelle, les groupes gais n'ont
pas pu élever leurs voix pour faire connaître le sort de certains
des leurs. Ni les Juifs, ni les autorités au pouvoir n'ont reconnus,
jusqu'à tout récemment, le sort des homosexuels en Allemagne nazie.
En fait, si les homosexuels n'ont pas été reconnu comme victimes,
c'est parce qu'ils ont été considérés comme des criminels au sens
propre du mot.
* * * * *
Quelques
autres hyperliens :
http://parousie.com/sagesse/
(en français)
http://parousie.com/sagesse/principes.htm
http://www.asi.fr/cle/homo/homodeb.htm
(en français)
http://www.godhatesfags.com/
Et puis,
quand même, quelques sites anti-homophobie :
Infos
du "Réseau Voltaire" :
http://www.reseauvoltaire.net/cgi-bin/resvoltaire/voltaire?motclef=gay
SOS HOMOPHOBIE
: http://www.france.qrd.org/assocs/sos/
Liste
de sites "pro gay" : http://hatewatch.org/mongay.html
ILGA :
http://www.ilga.org/
* * * * *
Ma conclusion?
Gardons-nous d'être trop confiants. Notre parcours est encore parsemé
d'obstacles et de propos haineux. De haine et de mépris. Gagnez quelques
batailles, c'est bien, mais ce n'est qu'un pas sur une longue route.
Et plutôt que de répondre à la haine par la haine, au mépris par le
mépris, gardons la tête haute en n'ayant ni peur des mots et des préjugés,
ni peur d'être ce que nous sommes.
Que vous soyez à l'école, au travail, sur un camping ou sur la rue,
prenez votre place, celle qui vous appartient. Ce n'est ni simple,
ni facile. Mais c'est possible. Du moins, ici, chez nous. Ce qui,
malheureusement, n'est pas le cas de bien des pays. Et surtout...
soyez heureux(se)! Car n'en déplaise à certains, ça
aussi c'est possible!