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Point De Vue,
sur La Place ! |
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![]() Fierté et DiversCité 2001 |
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Je
me suis souvent demandé ce que ce serait, que de tomber vraiment
amoureuse de quelqu'une. D'avoir une blonde. Une personne en chair et en
os, pas un être irréel sur fond d'écran télé.
Mais chaque fois que j'arrivais à l'imaginer, je me disais : STOP
!
Comment
peux-tu songer à aimer ou à être aimé, quand
tu ne peux même pas en parler à quelqu'un… quand tu devras
le cacher à tout le monde et à ton père en premier.
Ce n'est pas possible. Ce n'est pas vivable.
Et puis, le temps a passé. Mon père est mort et parler n'a plus eu la même importance. Le dire où ne pas le dire importe peu quand on n'a personne ou presque, à qui en parler. Je me suis alors posé une autre question. Aurais-je ou non, le courage de lui prendre la main et de l'embrasser dans la rue? Hum… Peu importe les regards me disais-je, mais… quand même. Et elle? Car comme me l'a rappelé récemment une amie, l'équation n'est plus là même lorsqu'on est deux.
Deux
à choisir, deux à décider. Je sors mais si l'autre
ne sort pas ou ne peut pas sortir?
C'est
ainsi que commence la « mascarade », le jeu du chat et de la
souris.
La
« mascarade »?
La
« mascarade » pour moi, c'est : vivre ses amours et son orientation
en cachette... Ou du moins, sans le dire, ni à sa famille, ni à
ses amis, ni à personne en fait. C'est vivre un peu le mensonge
du non-dit, du laisser faire et du laisser dire.
J'aimerais
vous poser une question.
Combien
parmi vous aiment sans contraintes?
Sans
le parapluie du silence complice? Sans l'appui de sa famille?
De
ses amies, de ses proches, de ses collègues? En fait... qui le sait?
Jouez-vous
à la cachette?
Combien
d'entre vous sont libre? Se sentent libre?
La
vie apporte à chacun(e) sa réponse.
Rien
n'est simple dans la vie, paraît-il.
Coming
out ou pas.
On
le dit ou on ne le dit pas?
Et
si on le dit, à qui?
Et
à quel moment?
Y
a-t-il des moments qui soient moins « tough » que d'autres?
Et
dans un sens, pourquoi le dire?
Doit-on
le dire?
Avons-nous
le choix ou non de le dire?
De
le vivre en secret ou pas?
Et
quel secret? Car il y a toujours, semble-t-il, quelqu'un qui s'en doutent.
Vivre une relation à deux, entre deux femmes, deux hommes, dans notre société, c'est un défi. Même aujourd'hui, ça demeure encore et toujours un défi.
On
ne dit rien, on laisse dire… supposer.
On
ne rectifie pas.
On
écoute sans mot dire, les farces plates sur les homos.
On
n'ose ni s'en exclamer ni s'en indigner.
On
laisse l'autre penser ce qu'il veut.
Croire
ce qu'il veut.
Et
ce qu'il veut croire et suppose d'office, c'est l'hétérosexualité.
Voilà
le bogue.
" De toute façon, moi, je pense qu'on ne peut pas jouer au chat et à la souris toute sa vie, parce qu'il y a un moment où ça devient trop pesant, trop compliqué, trop… tout en fait, c'est une privation de liberté générée par la peur que nous avons de la réaction des autres… " m'a dit une amie.
C'est
vrai. Toute sa vie, c'est juste un peu trop.
Alors
vient un temps où les masques tombent. C'est la révélation.
Parfois le choc.
« Mais un jour, peut-être pas si loin que ça, ce sera fait et les gens seront bien sûr surpris, mais au bout d'un moment, ils s'y feront et se rendront compte alors que c'est l'image qu'ils ont de moi qui a changé, pas moi... » m'a-t-elle dit aussi.
Le coming out est différent pour chacun d'entre nous. De la facilité la plus grande au rejet le plus totale. Ce n'est pourtant que l'image qu'ils ont de nous qui change, certes. Mais cette image, cette fausse image, combien parfois, ils semblent y tenir. Comme si d'un seul coup, en prononçant un seul mot, ce n'était plus leur enfant, leur soeur, leur frère, leur ami(e), leur collègue, qui se retrouvait soudain devant eux, mais un(e) étranger(ère). Comme si par un seul mot, on effaçait tout le reste.
Ce rejet, cette peur de l'autre nous emprisonne souvent pendant des années, qui sont pour nous autant de siècles, des siècles de non-vie, de non-respect de nous-même. Pour se faire aimer, accepter, on s'oublie soi-même. On se mutile pour mieux ressembler à cette image qu'ils se sont faite de nous. Image souvent bâtit depuis l'enfance. De notre côté, nous élevons entre eux et nous une barrière, un mur, qu'il nous faudra pourtant abattre un jour.
… à la Fierté!
Dans
quelques jours aura lieu le défilé de la Fierté Gaie
dans les rues de Mtl. Des milliers de spectateurs y assisteront. Il y en
aura certainement quelques-uns parmi eux, qui se poseront la question du
pourquoi. Tandis que d'autres, installés confortablement dans leur
salon, quelques heures plus tard, secoueront la tête et zapperont
vers un autre poste, exprimant ainsi leur indifférence ou leur dégoût.
Il y en aura d'autres encore, gais eux-mêmes, qui loin de s'exclamer
et d'applaudir, exprimeront au contraire leur profond dédain pour
cette Fierté qui a leurs yeux n'en est pas une.
De
la Fierté? diront-ils. Quelle Fierté? À quoi bon parader
dans les rues pour dire qu'on est fier. Et fier de quoi, je vous le demande!
grommelleront-ils.
Fier
de quoi?
"Je suis ce que je suis. Et je n'ai pas honte d'être ce que je suis. Je sais qui je suis et cela me suffit. Je n'ai rien à prouver, cela appartient au passé. Il me reste encore des choses à apprendre et à comprendre, comme il en reste à changer et à améliorer dans notre société.
Je suis ce que suis. Et je n'ai pas peur de le dire. Je n'ai pas peur de l'affirmer. Si on me regarde, je n'aurai pas peur de ces regards. Je n'aurai pas peur qu'on me reconnaisse. Je bannis la peur. Je bannis la honte.
À vous de garder vos préjugés, moi je suis libre. Libre de m'affirmer. Libre de vivre comme je l'entends. Je suis parti de ma ville, de ma région, de mon coin de pays pour venir ici le dire et l'affirmer.
Je suis fière de briser le mur du silence. Fière d'avoir eu le courage de venir ici et de le dire. Et plus que tout, je suis fière d'être ce que je suis.
Vous voulez savoir qui je suis? Je suis Une parmi tant d'autres. Ma situation n'est pas rose. La solitude m'accompagne. L'argent est rare. Ma famille, à la fois indifférente et invisible. Mes amitiés, plus virtuelles que réelles. Et mes amours ne dépassent pas le seuil du rêve. Voilà ce que je suis.
Mon voisin d'à-côté a une tout autre histoire. Il vient d'ailleurs, de très loin. Dans son pays, on tue. On exécuté les gens comme nous. Ma voisine? Elle est mère de trois enfants. Elle est bi. Un jour, après 8 ans de mariage, elle s'est rendu compte qu'elle aimait une femme. L'autre à côté? Eh bien, il y a un an, c'était un homme. Mais dans sa tête, il se perçoit et se sent femme, alors il a changé de sexe. Je la connais. C'est une bonne amie. Vous voulez d'autres histoires? Pigez au hasard. Vous trouverez de tout. "
D'hier à demain...
Voilà ce que signifie pour moi ce défilé, ces dix jours de Fierté. Il y a dix-huit ans, perdue dans ma cambrousse, à l'affût de la moindre nouvelle, de la moindre information, comme une naufragée perdue sur son une île déserte est à l'affût de la moindre brindille qui la ramènera au pays, j'entendis parler pour la première fois de ce défilé. De cette semaine de la Fierté. J'avais 21 ans. Je ne savais rien. Je ne connaissais rien.
Un jour, me disais-je… Un jour, je serais là-bas moi aussi. Dans la rue. S'en sera fini de la peur, de la haine, de l'angoisse. Je serai libre.
Pendant dix-huit ans, j'ai attendu ce jour. Mais jamais il n'est venu. Cet événement reste pour moi aussi lointain qu'inaccessible, car je sais que je n'irai jamais là-bas. Du moins... en chair et en os. Mais par le coeur et l'esprit, oui. J'y suis aussi par le regard, grâce à la télévision. Assise dans mon salon, je peux le voir, je peux l'entendre. Ce n'est pas grand-chose, me direz-vous et pourtant.
Ce défilé, ce n'est pas seulement pour moi un spectacle ou une fête, c'est surtout une victoire. La victoire de l'amour sur la haine. La victoire du courage sur la peur. La victoire de la connaissance face à l'ignorance. Et par dessus-tout, la victoire de la Fierté face à la honte.
À l'heure où je mourrais lentement de soif, soif de liberté, soif de connaissance, le défilé est venu m'apporter une bouffée d'air à la fois rafraîchissante et désaltérante. Une bouffée qui a entretenu en moi la flamme de l'espoir.
Alors même si je ne suis pas là, avec vous, en chair et en os, pour défiler ou pour me joindre au millier de spectateurs qui le regarderont, je serais là avec mon coeur. Et je célébrerai à ma manière la fierté d'être lesbienne. En bannissant la peur qui a assombri ma vie. En bannissant la honte qui l'a meurtri. En disant, fièrement : Je suis là et j'y reste!
Merci
à vous et Bonne Fierté!
Per
Aspera Ad Astra
À
travers les difficultés,
jusqu'aux
étoiles!
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La
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