Il
était une fois Noël, un jour de fête et de réjouissances, parsemées
de cris joyeux et de couleurs éclatantes. Les lumières clignotent
et dansent la sarabande autour de l'arbre, accompagné de quelques
lutins espiègles. La chaleur et la bonne humeur règnent sans partage.
Les
heures passent tandis que Noël approche à grand pas. Leurs chicaneries
oubliées, parents et enfants s'assemblent sous l'arbre et sous la
cheminée.
Soudain,
une étrange somnolence s'empare de tous. Les paupières deviennent
lourdes et se ferment. Le père, assoupi dans son fauteuil, se met
à ronfler. La mère, en train de mettre la table, plie les genoux
et s'effondre mollement sur une chaise. Un enfant, puis deux s'effondrent
à leur tour, s'enroulant sur eux-mêmes comme de petits chatons.
C'est alors que la grande porte de la maison s'ouvre et qu'un mauvais
génie apparaît. Il est gros et roule les yeux de méchancetés. Il
est las de voir tant de gens heureux à chaque année que revient
Noël. De voir s'échanger les cadeaux et les embrassades.
"
Cette année, il n'y aura ni cadeaux ni voeux. Il y aura pleurs et
grincement de dents! hurle-t-il
comme une incantation.
Noël ne sera plus que tristesse et amertume. Les familles seront divisées,
les amis; oubliés, les amours; déchirés. Je l'ordonne, moi le Tueur
de rêves! "
Et ainsi fut
fait. Le génie quitta la maison et tout le monde se réveilla. Mais
dans leurs yeux, il n'y a plus ces pétillements de joie et d'attente,
qui brillent toujours à la veille de Noël. Et dans leur
coeur, grondent la colère et le ressentiment. Pendant un
instant, ils se regardent en silence, puis, jaillissant de leurs
lèvres comme un torrent de noirceur, ils se jettent à la
tête, les pires avanies.
"Lâche
ça, c'est mon cadeau," dit
l'un. "
Non, c'est le mien!" fait
son frère, lui envoyant par la même occasion, une taloche sur le
nez. Et tandis que le gosse pleure à grosses larmes, le père et
la mère s'invectivent à leur tour.
"
Tu parles d'un dîner de réveillon! C'est ça que tu appelles une
dinde ? Et ces macarons? Dégueulasse. Je ne les donnerais même pas
a mes chiens!" dit
le père.
"
Tu es injuste," hurle
la mère, "
c'est le meilleur repas que je prépare de l'année et tu le sais
très bien! Mais tu es tellement soûl que tu préfères dénigrai tout
ce que je fais. Fais-le dont toi-même, tiens!"
Et
lui lançant son tablier au visage, elle s'enfuit en pleurant, tant
de colère que de tristesse. Assis à la table, le plus jeune des
enfants regarde tout cela avec surprise. Lui seul, sans le savoir,
a échappé au charme du mauvais génie. Mais non au sommeil. En se
réveillant, il n'a rien compris. De calme tous a viré à la tempête
et à la mésentente. Pourquoi? Secouant la tête, l'enfant préfère
se retirer, loin de cette bruyante assemblée.
Et
ainsi fut fait du dernier Noël. L'année passe. Puis c'est de nouveau
Noël, mais l'atmosphère n'a en rien changé. Le plus jeune, en bute
aux attaques continuelles de ses grands frères, se cache près de
la cheminée. Il se fait tout petit, pour se faire oublier. Ses soeurs,
que la mère hèle en vain, se maquillent, car elles ont rendez-vous.
Se traînant les pieds, elles quittent bientôt la maison, l'une
après l'autre. Puis c'est le tour de la dernière qui hésite, jetant
un regard en arrière. Dans la rue, son copain d'un soir, klaxonne
avec désinvolture et un brin d'arrogance.
Mais la belle hésite toujours. Elle regarde la porte, puis a droite
et à gauche, comme pour conjurer le destin. Mais le klaxon se fait
menacant et la pousse en avant. D'un bond, son cavalier l'attrape
par le bras, tout en glissant un baiser mouillé dans son cou. "Allez
monte! On va être en retard! Je ne veux pas qu'ils me prennent pour
un con parce que j'ai attendu une fille!" ricane-t-il,
sûr de lui et de sa force. La tête basse, la jeune fille le suit
sans mots dire.
Dans la maison, la mère, à présent seule avec ses garçons qui se
chamaillent, soupire tristement. Son compagnon, le père de tous
ses enfants est malade. Trop malade pour fêter Noël. La soirée s'écoule
et personne ne chante ni ne rit, si ce n'est pour se moquer. Le
petit dernier qui s'est finalement réfugié au grenier, regarde les
étoiles, qui lui semblent plus belles que tous les Noëls.
"En voilà ",
se dit-il,
" qui n'ont ni à subir mes grands frères, ni à se cacher dans
un grenier. Moi aussi, quand je serai grand, je serai une étoile.
Et je ferai revivre Noël!"
"Mais
tu es bien petit", dit
soudain une voix,
" pour faire de telle promesse. Tu as le temps. Et puis tu oublieras."
" Non! ", dit
le gamin.
" Je n'oublierai pas! Même si je suis encore tout seul à Noël,
à me cacher dans le noir. Si mon père est malade, si ma mère est tout
triste et en larmes, si mes soeurs n'ont d'yeux et d'oreilles que
pour les garçons et si mes frères sont méchants, cela n'est en rien
ma faute! "
"
Peut-être ", souffle
la voix.
" Peut-être. Mais comment pourras-tu faire revivre ce qui est
mort? "
" Je ne sais pas. Mais je saurai. Un jour, je saurai! "
La voix ne
répliqua pas et s'éclipça, laissant l'enfant à ses
rêves et à ses songes, que ni le maître des rêves, ni le maître
du temps ne pouvait lui soustraire.

Et
voilà! Ceci est mon conte de Noël. On dit que tôt ou tard, tout
écrivain en fait au moins un, alors je ne pouvais pas laisser passer
cette occasion! Lol
Blague
à part, je ne savais tout simplement pas comment commencer. Parler
de Noël, de réveillon, de party et de réjouissances ne m'apparaît
malheureusement ni facile ni simple.
Parlons donc de ce conte. Peut-être, le trouvez-vous simplet? Non?
Oui? En tout les cas, nettement hétéro. Je vous l'accorde. Il n'y
a ni belles dames s'embrassant à bouches que veux-tu. Ni messieurs
se glissant dans l'ombre ou tout simplement derrière un canapé...
Désolé.
Mais
dès que j'ai écris la première phrase, « Il
était une fois Noël »,
tout le reste s'est enchaîné dans le temps de le dire. Ou plutôt
de l'écrire. De là à penser que l'inconscient joue un grand rôle...
Eh oui. Sans doute. Noël et la tradition, ça reste papa, maman et
petits enfants sur les genoux du Père Noël. Sans oublier le grand-père
et la grand-mère qui se bourrent de petits-fours et de gâterie.
Pourtant,
je n'ai pour ma part, jamais connu ce genre de Noël. Pour moi Noël,
ce sont les autres. Ce sont les parents qui ne nous invitaient jamais.
C'est un oncle, si obnubilé par sa propre conception de la religion
qu'il refuse tous les symboles de Noël. Cartes, voeux, réveillons,
plaisirs, chaleurs, gaieté, pour n'y voir qu'une fête commerciale
et païenne. Ce sont les amis qui habitent trop loin et auxquels
on envoie ses meilleurs voeux virtuels. Ce sont les voisins qui
chahutent jusqu'aux petites heures du matin... Ce sont les gens
qui passent plein de paquets sous les bras. C'est le Père Noël des
Centres d'achat.
Bien
sûr, il n'y a pas que des solitaires à Noël. Il y aussi des familles,
qu'elles soient traditionnelles ou non traditionnelles. Et des couples.
Comme me disait une amie récemment : "
Ben oui, ma famille est catho, alors ils t'accepteraient mais ils
auraient des soupçons sur nous deux, lol... vu que tout le monde
sait pour moi..."
Et
une autre : "
oui, c'est chiant, à chaque réunion de famille, avoir comme
réflexion; quand est-ce que tu nous fais connaître ton copain, et
patati patata..."
Une réunion de famille à Noël, c'est aussi cela. C'est aussi l'incompréhension
ou le rejet, de soi, de l'autre, compagne ou amie. Mais il y a aussi
les chanceux. On peut parfois être sans famille, mais non sans amis.
Ni enfants. On se fait un petit festin entre copains. On s'offre
une grande sortie en famille. À condition que le portefeuille soit
de la partie lui aussi. Sinon... c'est l'attente du panier de Noël.
Noël,
c'est bien des choses au fond. La tristesse comme la joie. La nouveauté
comme les vieux souvenirs. Dites- moi, fêterez-vous Noël cette année?
«Moi
aussi, quand je serai grand, je serai une étoile. Et je ferai revivre
Noël! »