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Gais et Lesbiennes du Québec dans les médias - © Jocelyn Bourbonnais
 
L'affaire Thibault-Wouters ou l'intolérance de la banlieue
 
Claude-V. Marsolais
LA PRESSE
Cahier Plus
Samedi 4 août 2001, page B3
 
 

L'affaire Roger Thibault et Théo Wouters, ce couple gay de Pointe-Claire qui subit le harcèlement de l'un de ses voisins, démontre bien l'intolérance des banlieusards face au phénomène des minorités, selon les leaders de la communauté homosexuelle.

Non seulement le couple doit faire face au phénomène de l'homophobie de l'entourage mais il est aussi aux prises avec l'hostilité du conseil municipal de Pointe-Claire depuis la marche qui a rassemblé 2000 personnes sur la rue Parkdale, le 27 mai dernier, et de l'inaction du service de police de la CUM face au harcèlement continu d'un voisin, Robert Walker, sous le coup d'une accusation d'agression et de harcèlement devant la justice.

Cette marche à laquelle ont participé des gays et des hétérosexuels venus dénoncer l'intolérance et l'homophobie a redonné force et espoir au couple Thibault-Wouters qui, un temps, songeait au suicide et qui a dû suivre une thérapie.

"Nous avons reçu des félicitations de la part de nombreux citoyens de Pointe-Claire et de gens dans le métro qui nous reconnaissaient. Tous nous ont chaleureusement manifesté leur appui pour ne pas avoir reculé devant l'agression et le harcèlement. Beaucoup de jeunes nous ont dit que nous leur avions ouvert une porte et qu'elle leur servira d'exemple. Nous sommes devenus des héros sans le vouloir, car nous voulions avant tout défendre des droits", a confié Roger Thibault en soulignant l'apport des associations gay.

Le couple n'en demeure pas moins amer face à l'attitude du conseil municipal et du maire Bill McCurthy. "Le maire n'a pas digéré que nous n'ayons pas accepté le trajet qu'il tentait de nous imposer lors de la manifestation du 27 mai et qui passait bien loin de la rue Parkdale. Le conseil municipal avait alors retiré son offre de services (toilettes, estrade et micros) à l'occasion de la marche. J'ai bien l'impression que le conseil ne prendra jamais pour nous", constate-t-il.

"L'attitude de la ville de Pointe-Claire a été presque plus odieuse que le comportement homophone des voisins du couple Thibault-Wouters. Une administration municipale n'a pas le droit de se conduire comme cela", déplore pour sa part Laurent McCutcheon, un des porte-parole de la communauté gay.

Plus récemment, à la suite d'une plainte contre le voisin Walker, qui était accusé d'être venu couper avec sa tondeuse une rangée de fleurs dans le parterre du couple gay, la Couronne avait pris l'affaire en main, mais un juge de la Cour municipale rejeta la plainte en invoquant la preuve mal étoffée (les policiers n'auraient pas examiné la tondeuse afin d'y recueillir des traces de fleurs). Or, malgré une proposition pour examiner la possibilité de porter la cause en appel du procureur de la Couronne, Me Isabelle Gélinas, le conseil municipal décidait de ne pas y donner suite.

En ce qui concerne la police, le couple déplore son inaction face au voisin qui poursuit son harcèlement et son intimidation malgré un ordre de la cour de ne pas les approcher à moins de 20 pieds sur la voie publique et à 50 pieds de la maison. "Nous pensons que la police n'agit pas parce que c'est une affaire où des gays sont impliqués", lance Roger Thibault en indiquant que pour toutes les plaintes logées, les policiers ont toujours mis au moins 24 heures avant d'intervenir.

La Presse a pu vérifier que les communications à l'intérieur du service de la police ne sont pas toujours à la hauteur. Répliquant l'autre jour aux accusations d'inertie lancées par l'avocat du couple gay, le commandant de la division ouest, Guy Ryan, disait à propos d'un événement survenu au supermarché Métro que Roger Thibault et Théo Wouters n'avaient pas donné la même version des faits aux enquêteurs. Or, selon l'avocat Stéphane Jacques, Théo Wouters était allé seul au supermarché. Les deux témoins ne pouvaient donc se contredire.

Il s'agit qu'un intolérant s'amène...
Le couple a vécu pendant 17 ans sans être inquiété et en bonne entente avec le voisinage. C'est lorsqu'un nouveau voisin est venu s'installer en face de leur résidence que les relations ont commencé à mal tourner. À l'été 1997, celui-ci était venu enguirlander Théo Wouters et lui avait demandé s'il n'avait pas autre chose à faire dans la vie que de jardiner. Alerté, son conjoint Roger sort et tente de calmer les esprits, mais le couple se fait dire par l'intrus d'aller se trouver des femmes et de faire des enfants ou de déménager.

Le couple tente d'oublier l'incident en pensant que le temps arrangerait les choses mais, l'année suivante, c'est un autre voisin qui habite une propriété contiguë depuis 17 ans qui se met à harceler le couple. Dès lors s'amorce une série d'actes de vandalisme sur la propriété du couple gay. Puis, l'an dernier, à la suite d'une visite inopinée du chien de M. Walker dans les plate-bandes du couple, celui-ci est prié de venir chercher sa bête mais le voisin ne le prend pas et il leur crie qu'ils sont de sales homosexuels, qu'ils sont la honte du quartier et qu'il va faire circuler une pétition pour les faire jeter hors du quartier.

C'est à la suite de cette altercation que le couple porte plainte à la Commission des droits de la personne et qu'une enquête est amorcée et qui devait conduire à la mise en accusation du voisin. Depuis ce temps, le voisin n'a pas cessé son harcèlement.

De toute cette affaire, le rédacteur en chef du magazine Fugues, Yves Lafontaine, se réjouit que des citoyens se soient levés debout pour dénoncer l'intolérance "dans une communauté aussi molasse que le milieu gay". "J'ai acheté un duplex, il y a deux ans, dans Rosemont et j'ai tout de suite senti de l'hostilité de la part d'un voisin. C'est donc une réalité qui existe et qui ne s'atténuera qu'avec le temps, avec l'évolution de la société vers la pleine acceptation de la réalité gay", conclut-il.

Michelle Lamoureux, coordinatrice de Dire enfin la violence, organisme qui vient en aide aux gay, lesbiennes, bisexuel(le)s, travestis et transsexuelles victimes de violence ou de discrimination, signale qu'au moins 20% des plaintes concernent des relations avec les voisins. "Le pire cas est survenu sur la Rive-sud lorsqu'un voisin a peinturé la clôture de la victime en rose et a inscrit le mot "fifi", mentionne-t-elle, en suggérant aux victimes de ne pas hésiter à porter plainte, "car plus on attend, plus le voisin homophobe va se sentir encouragé à poursuivre son escalade de la terreur".

Les cas les plus odieux sont les cas d'agression envers des homosexuels, ce que l'on désigne comme du "gay bashing". Mme Lamoureux note qu'il y a recrudescence de ce type de violence lors des festivals d'été (Festival de jazz, Juste pour rire) ou dans les parcs la nuit, une spécialité de petits gangs de quartier qui veulent prouver leur virilité.


Source: LA PRESSE
Auteur: Claude-V. Marsolais
Date: Samedi 4 août 2001

 


Une retranscription de Jocelyn Bourbonnais, webmaître
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