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Et si le PQ méritait les critiques du RAP ?

 AUTEUR : Michel Vastel
SUJET: Le gouvernement du Parti québécois et ses clientèles naturelles
CATÉGORIE:Éditorial
COMMENTAIRES:chronique / Vastel du mercredi 13 juin 2001

 Le discours de la Coalition pour l'Alternative Politique ( RAP ) agace manifestement Bernard Landry. Mais si c'était les ministres de son propre gouvernement qui ont laissé la bureaucratie s'interposer entre le Parti québécois et ses clientèles naturelles? La partie de bras de fer que le ministère de la Justice livre à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPJ) constitue un beau cas...
 
 Le ministère de la Justice conteste le droit de la Commission d'intervenir devant les Tribunaux pour faire corriger des cas criants de discrimination dus à des règlements mal écrits, voire abusifs. Par exemple, une jeune femme interrompt ses études pour donner naissance à un enfant et on exige qu'elle rembourse immédiatement ses prêts d'étudiante. Ou un jeune couple, bénéficiaire d'un supplément de revenu, est rétrogradé dans l'aide sociale parce que la femme prend un congé de maternité. Et il y a les éternels cas de conjoints de même sexe qui se butent à la toute puissante Régie des rentes.
 
 Tout cela semble relever du bon sens. Et les démunis qui se battent contre la grosse machine du gouvernement trouvent tout à fait normal que la Commission intervienne en leur faveur. Mais les avocats du ministère de la Justice ne l'entendent pas ainsi. On ne va tout de même pas laisser un organisme quasi judiciaire devenir le censeur de l'administration publique! Tout cela ressemble à une lutte de pouvoir. Et le ministre de la Justice, Paul Bégin, semble avoir choisi son camp. Malheureusement, ce n'est pas celui des amis naturels du Parti québécois!
 
 Une coalition a en effet été formée qui regroupe la Ligue des droits et libertés, la Fédération des femmes du Québec, la Table de concertation des lesbiennes et des gais du Québec, la Coalition pour la reconnaissance des conjoints de même sexe, toutes les centrales syndicales, Au bas de l'échelle, etc... Ils ont été patients tous ces gens, donnant même préavis à Bernard Landry et Paul Bégin de leur intervention publique.
 
 À vrai dire, cette coalition qui vole au secours de la Commission des droits de la personne ressemble, à s'y méprendre, au noyau dur qui a soutenu la candidature de Paul Cliche dans la circonscription de Mercier, et à ceux qui ont participé à la fondation du RAP. On aurait pu croire que, dans les cabinets des ministres péquistes, ce genre de coalition aurait allumé quelques lumières. Ben non! Les échanges de correspondance entre la Coalition et les cabinets de Bernard Landry et de Paul Bégin montrent à quel point les leaders du PQ sont coupés de leur base.
 
 Lorsque Paul Bégin est revenu à la Justice, la coalition lui a rappelé le vieux contentieux qui existait entre son ministère et la Commission des droits de la personne. Un mois, deux mois, bientôt trois mois sont passés. Sa réponse est toujours «dans la malle» comme on dit.
 
 La même lettre avait été envoyée à Bernard Landry. «Par respect pour votre arrivée aux commandes de l'État, écrivait la Coalition, nous suspendons la sortie dénonciatrice que nécessite cette importante menace de recul pour les protections citoyennes.»
 
 Il a fallu l'intervention musclée de Marie Malavoy, vice-présidente du PQ, pour que les cabinets de ministres se décident à envoyer un... accusé de réception. Dire que ce sont des gens qui se croisent probablement dans les Conseils nationaux du PQ!
 
 Ce qui choque la coalition surtout, c'est que le ministre de la Justice veut laisser le processus judiciaire suivre son cours, même s'il sait très bien que ces règlements dénoncés par la Commission des droits de la personne, ont été jugés discriminatoires par la Cour supérieure. Quand bien même la Cour d'appel casserait ces jugements, le ministre n'évitera pas un débat à l'Assemblée nationale. Et surtout, pourquoi ne règle-t-il pas, à l'amiable comme on le lui a proposé, les quelques cas individuels qui sont coincés entre l'arbre et l'écorce de cette bataille d'avocats ?
 
 Bernard Landry trouve injuste qu'on s'attaque ainsi au «parti le plus progressiste du Québec» et il craint l'effet que cela pourrait avoir sur la promotion de la souveraineté. Justement, le propre des ces coalitions, c'est qu'elles n'acceptent plus de tout sacrifier à la souveraineté. Elles ont déjà donné, pourraient-elles dire, en évoquant leur participation aux campagnes référendaires, avec le résultat que l'on sait !


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